Mise à jour de mes lectures

Filed under: Actualité, Publié le 12 janvier 2010

Venez découvrir mes impressions sur le livre  Au-dessus du brouillard – Journal du Tourneciel de  Albert Strickler



Janvier 2010

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Albert Strickler, Au-dessus du brouillard – Journal du Tourneciel

Il est facile pour un lecteur de «  passer à côté » d’une œuvre littéraire importante et reconnue. Le plus souvent parce qu’il en ignore l’existence. Ou alors parce qu’il l’aborde à un moment de sa vie qui n’est pas opportun, ou qu’il fait usage d’un code d’accès erroné, ou encore que des préjugés en parasitent son approche.

Même un très grand lecteur restera toujours dans l’ignorance d’œuvres littéraires majeures. L’autre jour à la radio, Amos Oz avouait qu’il n’avait jamais entendu parler de Herta Muller la toute nouvelle Prix Nobel de littérature.

Moi j’ai failli «  passer à côté » de l’œuvre d’Albert Strickler, né en 1954 dans le nord de l’Alsace, au bord du Rhin. Depuis quelques années il vit en Centre Alsace, à La Vancelle.

D’après ce qu’on m’en dit, Strickler écrit depuis toujours. Il a publié une dizaine de recueils, de poèmes, de journaux. Je pense qu’on le range dans la catégorie «  poète », statut qu’il revendique de manière amplement justifiée !

Est-ce cette étiquette qui jusqu’à présent m’a fait frôler son œuvre en m’empêchant d’y pénétrer pleinement ? C’est probable et malheureux à la fois. Mais mes a priori se sont évaporés dès les premières pages de son dernier ouvrage Au-dessus du brouillard – Journal du Tourneciel 2008 Editions des Vanneaux, 645 pages.

Il s’agit d’un journal que Strickler tient quotidiennement entre le 30 décembre 2007 et le 31 décembre 2008. Jour après jour il y raconte dans un style admirable, riche, léger ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il lit, les musiques qui le font vivre, les gens qu’il rencontre…

Au hasard de l’une des 365 journées, celle du 20 juin. Parlant de la délectation éprouvée à propos d’un livre qu’il est en train de lire :

Ce qui est immédiatement le cas ne serait-ce que parce que la langue y est doublement célébrée en ses fonctions linguistiques et gustatives. Un petit livre qui sollicite donc, de façon très apéritive, si je puis dire, les cinq sens tout en flattant l’intellect.

Une  amie à qui j’en recommandais chaleureusement la lecture m’objecta l’autre jour qu’il y avait peut-être  une dimension narcissique dans un tel projet littéraire. L’objection peut se comprendre, mais elle tombe dès les premières pages.

Le hasard veut que l’autre soir nous participions tous deux avec deux autres écrivains à un échange avec des lecteurs à la bibliothèque de Kaysersberg. Jacques Lindecker, le critique littéraire du quotidien L’Alsace qui animait le débat l’a conclu par une question aux quatre auteurs présents : «  Quels changements souhaiteriez-vous voir se produire dans votre région ? » J’ai bafouillé une banalité du genre que j’aimerais que les gens, ici, gagnent en légèreté.

Une heure plus tard, dans la voiture, la réponse que j’aurais dû donner s’est imposée à moi : «  J’aimerais qu’ici les gens vivent un peu comme Albert Strickler écrit ».




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